Chroniques d’un diagnostic bipolaire en centre expert #1

1/ Ce qui motive ma démarche

🌓 Mes deux parents sont bipolaires. Quand on sait que seul 1% de la population est touché par la bipolarité, on peut se dire que c’est pas de bol. D’autant plus que la bipolarité a une composante héréditaire, et que deux parents… ça commence à ressembler à une roulette russe.

J’ai grandi en ayant cette crainte de l’être moi aussi. Et puis j’ai passé la vingtaine, et petit-à-petit cette crainte a diminué, car je ne voyais aucun signe avant-coureur.

Mon petit-frère (de 2 ans plus jeune) a quant à lui commencé à avoir un comportement qui m’inquiétait. Il s’est petit-à-petit renfermé sur lui-même, a commencé à avoir des idées politiques assez extrêmes, à limiter ses interactions sociales et personnelles, estimant que seules les “idées” comptaient. A ce moment-là, je me souviens d’avoir été la seule à me faire du souci. Quand j’en parlais dans ma famille tout le monde me disait que c’était une passade, que c’était bizarre mais drôle qu’il se passionne comme ça pour la politique.

Puis il a commencé ses études supérieures, s’est planté en classe préparatoire et a continué en histoire. De plus en plus marginalisé, il a commencé à négliger son hygiène, repousser les derniers amis et la famille (moi y compris), prendre du poids, dormir à des heures invraisemblables (ou ne pas dormir), parler très fort et mener des discussions unilatérales.

🔥 La peur de voir mon frère développer un trouble comme celui de mes parents s’est intensifiée. J’ai commencé à voir des ressemblances troublantes entre son comportement et celui de ma mère : des mécanismes et raisonnements qu’ils sont les seuls à avoir, une vision égocentrique du monde, une manière d’avoir raison envers et contre tous, et ainsi de tous nous rejeter… Et le reste de la famille a aussi commencé à s’inquiéter et venir me demander ce que l’on pouvait faire.

J’ai tout d’abord appelé notre médecin de famille, qui m’a très calmement conseillé d’attendre qu’il tombe en grave dépression et qu’il tente de se suicider pour pouvoir l’aider. J’ai pleuré, j’ai raccroché et j’ai encore un peu pleuré. Et j’ai continué à me renseigner sur les manières de prévenir et diagnostiquer la bipolarité, qui ressemblent à un réél parcours du combattant. D’autant plus quand c’est pour une personne qui refuse de l’aide.

🏥 Grâce à un groupe de parole dans lequel je vais de temps-en-temps, j’ai notamment entendu parler des centres experts de la fondation FondaMental. Ces centres se spécialisent dans la recherche des troubles psychiatriques comme la bipolarité. Ils s’intéressent notamment aux biomarqueurs, et à des profils comme celui de mon frère ou moi, qui ont un risque de transmission élevé.

Pour décrocher une consultation, il faut être envoyé par son médecin généraliste. Les discussions se font principalement entre le centre-expert et le médecin en 1er lieu.

👫 J’espère pouvoir être reçue avec mon frère dans l’un de ces centres, car j’ai espoir que si nous entreprenons la démarche à deux, il acceptera de consulter. J’espère qu’il le verra moins comme une démarche intrusive et critique, mais comme une démarche solidaire. Sinon, je sais qu’il se braquera et refusera. D’ailleurs, peut-être qu’il se braquera malgré tout. 

Je n’en sais donc pas beaucoup plus pour l’instant mais j’ai pris rendez-vous avec ma médecin pour qu’elle les appelle, se renseigne, et me permette d’être reçue avec mon frère dans un de ces centres. Je ne sais pas encore dans quelle mesure elle connaît ce genre de démarche, ni même le trouble bipolaire. Je croise donc les doigts pour que ce soit constructif.

👉 Suite au prochain épisode…